La fiancée de l'alchimiste

 

 

Nous n'écrivons pas toujours pour donner forme à une idée plus au moins claire de l'esprit. La fiancée de l'alchimiste est un titre sans idée, un exercice.

L'alchimiste est en train de tourmenter des matières devant des fioles fumantes quand il se dit qu'il est l'heure de faire une pause, de revêtir ses beaux habits et se rendre chez sa fiancée.

Cherchons plutôt autre chose.

Entre mortiers torturés et marmites écumantes, dans un vieux laboratoire encombré, poussiéreux, mal éclairé, l'alchimiste et sa fiancée s'obstinent à produire une transmutation de substances.

On pourrait les imaginer réunis par cette vocation commune, un peu comme Marie Skłodowska et son futur époux Pierre Curie. A moins que l'on ne se rapproche de cette autre Marie dite Hebraea, dite aussi la Juive ou encore la Prophétesse, alchimiste fondatrice, qui inventa en Egypte vers le troisième ou le deuxième siècle avant notre ère, l'alambic et la technique du bain de Marie.

Non, elles ne peuvent, les deux Maries, ni l'une ni l'autre, inspirer une fiancée pour l'alchimiste.

L'alchimiste n'a point de fiancée. Jusqu'à ce jour précis où il réalise le naufrage de sa théorie sur la sympathie et l'hostilité entre les éléments, sur laquelle il avait fondé l'espoir insensé de convertir n'importe quoi en or ; de l'or il n'y en avait que dans les couleurs flamboyantes de la forêt où il alla promener sa tristesse et où, pris dans un tourbillonnement de feuilles, il reconnut l'étreinte de la fée voltigeuse de l'automne ; leur amour immédiat accomplissait entre eux la fusion la plus parfaite de l'alchimie immatérielle des âmes.

C'est déjà beaucoup mieux !

 

 

octobre 2011  

 

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