En bas de page

 

 

Je rends ici hommage à Lito Schkolnik qui est l'auteur, parmi beaucoup d'autres, d'un joli texte qui s'appelle « En bas de page » que je résume.

Il devrait être interdit – dit ce texte – de mettre des notes en bas de page parce qu'elles gênent la lecture et détournent le cours naturel de la pensée. Alors que le propre de l'intelligence est de s'envoler vers les hauteurs où siègent les idées, la note en bas de page, en coupant tout élan, nous ramène brutalement au plus bas. Et, comme pour prouver cette affirmation, et pour donner un effet doublement souriant à son développement, l'auteur introduit ici une note en bas de page. Beaucoup de textes – affirme cette note – sont plus significatifs par ce qu'ils consignent en bas de page que par leur contenu proprement dit.

Puis il reprend : cette immiscion de la note en bas de page s'aggrave d'une certaine fatuité, lorsque par son moyen on ne prétend pas nuancer une pensée – soit en émettant un doute, soit en posant une limite – mais lorsqu'on veut au contraire cimenter les affirmations par des références à des écritures consacrées. Il convient – ajoute l'auteur – de ne pas confondre cette érudition avec la vraie connaissance, celle qui ne cherche pas dans le monde des livres ce qui est à chercher dans le livre du monde. Cf. – consolide une note en bas de page – René Descartes, Le Discours de la Méthode.

Il fallait, conclut l'auteur, mettre les points sur les i. Mais – en note en bas de page – il nous fait savoir qu'il n'est pas dupe : le petit rond que nous inscrivons sur les i n'est nullement et ne peut pas être cette réalité purement mathématique et abstraite qu'est le point.

Maintenant qu'il côtoie seulement les entités immatérielles dans les sphères où les idées pures et sans lest prennent indéfiniment leur envol, voici, à l'intention de Lito Schkolnik mon hommage, affranchi – tant bien que mal – de la pesanteur des notes en bas de page.

novembre 2011  

 

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