Domenor

 

 

J'avance sereinement vers le sommeil et ploc ! le bruit d'une goutte d'eau d'un robinet mal fermé interrompt ce doux voyage ; si ça se produit encore une fois, j'irai fermer le robinet.

Dans l'attente de la prochaine goutte, je pense à Domenor.

Quand nous étions enfants, mon frère amena un jour à la maison un bébé canard tout tremblant, auquel je donnai ce nom qui veut dire Do mineur en espagnol, parce que mon enfance est en espagnol et parce qu'à cette époque j'étudiais le piano. Nous l'avons laissé ensuite en liberté dans le jardin au fond de la maison, où il disposait d'un mini bassin où nageait encore le souvenir de Moby et de Dyck, qui l'année d'avant étaient partis vers les cieux liquides des poissons rouges. Pour cette raison ou pour une autre, Domenor ne s'est point intéressé à ce bassin ; en revanche, il découvrit dans la cour attenante que couvrait une grande vigne, un gros robinet qui, vers le bas du mur, laissait couler à intervalles réguliers une goutte d'eau ; et il passa pratiquement le reste de sa vie sous ce robinet, si bien que ni le duvet, ni le plumage qui le remplaça, ne poussaient sur le haut de la tête où tombait pour son bonheur la goutte intermittente.

Un jour, ce fut à Domenor de partir vers son ciel aquatique où sa tonsure le prédisposait sans doute à occuper une place privilégiée parmi les anges palmipèdes. A la demande de ma mère, mon père répara alors le robinet qui perdit lui aussi un peu de sa vie.   Par la suite, quand un robinet dans la maison gouttait, nous disions : C'est l'âme de Domenor qui cherche à entrer en contact avec nous !

Et ploc ! nouvelle goutte qui me ramène au présent. Je dois maintenant aller fermer ce robinet pour que Domenor, la petite fille et toute sa famille puissent se reposer paisiblement.

Bonne nuit tout le monde.

 

mars 2011 

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