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- Créé le dimanche 30 novembre 2025 17:37
- Mis à jour le dimanche 30 novembre 2025 18:31
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Théo
Le professeur Théo Rimbol, neurocogniticien de l’Université de Klapour, avait consacré sa vie à découvrir les sentiers invisibles de la créativité esthétique, particulièrement dans le domaine littéraire.
Sa grande théorie, couchée dans son ouvrage Observations transversales des émanations créatrices dans le cerveau, reposait sur une idée choc : la création n’est pas un éclair synaptique, mais relève d’un liquide-gaz hybride, le LGH, circulant dans un organe encore mal connu, l’Organe spéculaire de Rimbol ou OSR, glande bleutée située quelque part entre le rêve et le tympan gauche.
Selon lui, toute création naissait sous forme de perles humides brutes de contenu et qui se rejoignent dans les canaux inspirulaires, où elles s’entrechoquant pour produire du sens par éclaboussure sémantique, perceptible à ce stade uniquement par celui qui crée, mais aussi par les chats et les êtres vivants y compris végétaux, dont l’empathie vibratoire dépassait 40 vibrahertz. On pouvait observer ces éclats dans le rythme chaloupé des vers de Rimbaud, dans les enchaînements étranges et mélodiques d’un poème de Mallarmé, ou dans la construction subtile des improvisations de Corlot.
Rimbol distinguait trois états de la créativité :
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le solide eidétique, rare, dense, entêté comme une falaise de certitude, comparable à la rigueur structurale d’une sonate de Bach ;
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le liquide perceptuel, mouvant, adaptatif, parfois un peu collant aux émotions musicales, à l’image des expérimentations poétiques surréalistes, des courbes fluides des vers de Rilke ou des aquarelles de Turner ;
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le gaz imaginactif, expansif, volatil, responsable des inventions néo-merveilleuses, mais aussi des oublis dilutoires, des évanouissements conceptuels spontanés, et surtout du Syndrome de Stendhal.
Or, pour réguler le flux inventif, il préconisait des exercices respiratoires adaptés, capables d’ajuster la viscosité créative et d’éviter les redoutables embolies de sens, ces blocages où les idées s’accumulent en caillots de perplexité. Il soutenait également que les débats passionnés créent des orages raisonneux, rafraîchissant temporairement l’atmosphère intellectuelle avant d’amener la cristallisation éclairée, phénomène où l’émanation imaginative la plus lumineuse fige le monde en une vérité phosphorescente stable, jusqu’à la prochaine marée imaginative.
Ses collègues le jugeaient un peu fantaisiste ; pourtant, chacun, aux moments d’intense émotion esthétique, reconnaissait le frémissement glouminant — ce petit gargouillis intérieur, subtile vibration qui attestait, peut-être, sans doute, que ce cher Théo avait vu juste.









