Ma Créature

 

 

Selon une hypothèse qui remonte à des traditions hindouistes, et souvent reprise pas poètes et philosophes, le monde est le rêve d'un Dieu ou d'un Géant ou d'une autre Créature. Toutes ces versions ont en ceci en commun, que notre existence, notre vie, notre matérialité, nos sensations et nos sentiments, tout ce que nous prenons au sérieux, s'envolera en poussière lorsque la Créature aura cessé de rêver.

Voici comment je vois les choses.

Pour concevoir que nous soyons les rêves d'une Créature, il faut au préalable l'avoir imaginée. Ainsi, non seulement je cesse d'exister si la Créature se réveille, mais elle disparaît à son tour si je cesse de l'imaginer, ce qui aurait pour effet également, et ceci par ma propre faute, de me faire disparaître.

Puisque mon existence est indissociable de celle de la Créature et vice-versa, nous sommes mutuellement condamnées à ne pas nous perdre de vue un instant. Il s'ensuit que si je tiens à ma survie, je suis désormais contrainte à traîner avec moi le jour comme la nuit ma Créature invisible et forcément somnambule. A la maison, au lit, lorsque je serai dans la rue, dans le métro, à Monoprix, aux spectacles, expositions et conférences, dans les mariages, bar mitzvas et enterrements, en France et à l'étranger, partout où j'irai, vous ne verrez rien, mais je traînerai ma Créature idéale. Un peu comme le jeune homme de la publicité de la télévision qui erre dans un Paris estival aux côtés d'un yéti censé lui apporter une sensation de fraîcheur, jusqu'à ce que l'heureuse découverte des pastilles rafraîchissantes Tic-Tac permette au jeune homme de libérer Georges le yéti, que nous voyons aussitôt rejoindre sa fiancée yéti dans les régions très froides de l'Himalaya.

 

avril 2011 

Informations supplémentaires